Compteur intelligent en Belgique : quand, prix, refus de l’installer, panneaux solaires

Les compteurs intelligents vont remplacer nos vieux compteurs d’électricité et de gaz. Pourquoi et comment fonctionnent-ils ? Quelles seront les conséquences pour vous ? On répond à 9 questions fréquentes sur le sujet.

02/10/2020 -
Sébastien V.

Le compteur intelligent est une volonté de l’Union européenne qui a suggéré, dès 2009 dans sa directive sur l’efficacité énergétique, le remplacement des vieux compteurs d’électricité et de gaz. Pourquoi ? Parce que le compteur intelligent est censé contribuer aux objectifs climatiques que s’est fixé l’UE pour 2030 :

> réduire les émissions de CO2 ;
> recourir aux énergies renouvelables ;
> mieux utiliser l’énergie.

S’il n’économise pas l’énergie en tant que tel, le compteur intelligent permettra toutefois aux ménages de mieux surveiller et mesurer leurs consommations. L’autre grande raison a trait à la nécessaire adaptation des réseaux de distribution. Ceux-ci doivent faire face à 2 révolutions : la voiture électrique et les systèmes d’autoproduction d’électricité (panneaux solaires, pompes à chaleur, micro-cogénération, etc.). Le compteur intelligent pourra aider à cette mutation des réseaux. Notamment en gérant plus précisément les injections de courant par les particuliers.

Reste que le compteur intelligent suscite pas mal de questions…

1. Qu’est-ce qu’un compteur intelligent ?

Un « smart meter » enregistre de façon électronique les quantités d’énergie consommées et injectées sur le réseau. Des modèles existent pour l’électricité et d’autres pour le gaz. Le compteur intelligent envoie ces données, à intervalles réguliers, aux gestionnaires des réseaux de distribution (GRD) : Fluvius en Flandre (issu de la fusion entre Eandis et Infrax), Sibelga à Bruxelles, Ores et Resa principalement en Wallonie. Ceux-ci peuvent alors mieux surveiller les pics de consommation. Ce n’est pas tout. À leur tour, les GRD transmettent ces données aux fournisseurs d’énergie, afin de dresser les factures. Des données qui sont beaucoup plus fines, précises, qu’auparavant. Cette étape n’est pas encore opérationnelle. Elle devrait se faire à terme via une plate-forme centralisée : Atrias (en construction).

Seule certitude, il n'y aura plus besoin à l’avenir de visites au domicile pour relever les consommations si vous acceptez d’activer la fonction de communication des données. La facturation se fera aussi sur des bases plus précises.

2. Quelles sont les différences entre un compteur intelligent et électromécanique ?

Il y en a 3 :

> les consommations s’affichent sur un petit écran à cristaux liquides. Fini le cercle qui tourne et les chiffres qui défilent ;

> des modules de communication sont intégrés au boîtier. Les données sont envoyées soit par le réseau électrique (c’est la technologie du CPL ou Courant Porteur en Ligne), soit par les ondes radio (c’est, par exemple, la technologie LTE-M, une norme 4G adaptée aux objets connectés), soit par le téléphone fixe ou le câble (plus rare). Donc pas besoin de Wi-Fi ;

> le compteur intelligent peut recevoir des ordres du GRD. Une série de fonctionnalités à distance deviennent alors possibles : la fermeture ou l’ouverture de l’alimentation (quand un locataire quitte ou arrive), l’augmentation de la puissance (quand la maison possède beaucoup d’appareils électriques), le basculement des tarifs (mono-horaire ou bi-horaire), l’attribution d’une limite de consommation (quand le ménage est en défaut de paiement et est soumis à un compteur à budget), etc.

3. Qui est concerné par le compteur intelligent ?

L'UE avait prévu que la généralisation du compteur intelligent se fasse en fonction du rapport coûts/bénéfices à examiner dans chaque pays. En Belgique, ce sont les Régions qui sont compétentes en la matière. Elles ont donc mené des expériences-pilotes chez plusieurs milliers de ménages. Des études ont aussi été conduites. À l’arrivée, une généralisation à l'ensemble des particuliers a été programmée. Avec des différences selon les Régions !

80% des logements devraient être équipés à l’horizon 2030-2040

Les délais pour l'implantation des compteurs dans les maisons ont été allongés par rapport à ce que préconisait l'Europe : au lieu de 80% de logements équipés en 2020, ce sera plutôt 100% d’ici 2035, la Flandre et Bruxelles ayant un calendrier plus rapide que la Wallonie (voir plus loin). De même, cette arrivée progressive se fera « par segments » de clientèle. Là aussi, Flandre, Wallonie et Bruxelles ont opté pour des modalités différentes.

4. Comment se déroule le placement des compteurs en Wallonie ?

En 2020, une première phase de pose a été entamée chez les clients qui en ont fait la demande, les nouveaux prosumers et les habitations qui font l’objet d’une campagne de remplacement des compteurs. Les clients qui ont besoin d’une fonction de prépaiement (compteur à budget) devraient être équipés au plus tard en 2021. À partir du 1er janvier 2023, l’installation et l’activation du compteur intelligent auront lieu systématiquement dans les cas suivants : chez les clients disposant d’un compteur à budget, chez les clients dont le compteur doit être remplacé, dans les nouvelles constructions, et chez les clients qui le demandent. Par la suite, l’accent sera mis sur les gros consommateurs d’énergie (plus de 6000 kWh par an), les propriétaires de panneaux solaires (plus de 5 kWc de puissance) et enfin sur les gestionnaires de bornes publiques pour véhicules électriques. Pour ces 3 derniers publics, l'objectif est d'atteindre 80% d'équipement pour 2029. Chez Ores et RESA, les opérations ont démarré pour l'électricité uniquement. L’installation de compteur intelligent pour le gaz n’est pas prévue pour l’instant.

5. Quid des compteurs intelligents à Bruxelles ?

Un cadre légal a été promulgué à l'été 2018 concernant l’activation de la fonction communicante des compteurs électriques intelligents. Celui-ci prévoit que les « smart meters » soient désormais obligatoirement placés dans les cas suivants : lors de nouveaux raccordements, de grosses rénovations, de remplacement de compteurs ou encore d'acquisitions de panneaux photovoltaïques. Le placement est également prioritaire pour les « niches » suivantes : les clients qui possèdent un véhicule électrique, les clients qui consomment beaucoup d’électricité (plus de 6000 kWh par an) et ceux qui disposent d’une batterie domestique ou d’une pompe à chaleur et, enfin, les clients qui le demandent. Comme en Wallonie, les compteurs intelligents pour le gaz ne sont pas encore d’actualité à Bruxelles.

6. Comment va se dérouler le placement des compteurs en Flandre ?

Le processus a démarré le 1er juillet 2019. Le remplacement concerne tant l’électricité que le gaz. Les premiers à recevoir ce nouveau compteur sont : les habitants qui font construire, les propriétaires de panneaux solaires et les clients disposant d’un compteur à budget. Le placement dans le reste de la population a lieu en fonction d'un planning déterminé par Fluvius. Déjà plus de 100 000 compteurs intelligents ont été déployés en Flandre.

Les clients peuvent consulter le site de Fluvius pour connaître la date précise les concernant grâce à un outil de planification. Les clients qui le souhaitent peuvent demander une installation anticipée, qui est alors payante. Ici, le délai dépend de l'emploi du temps des techniciens. Au final, l'objectif est d'atteindre 1,8 million d'appareils installés à la fin 2022 et que chaque famille flamande soit équipée pour 2034.

7. Peut-on refuser un compteur intelligent ?

Le compteur intelligent ne fait pas l’unanimité. Des reproches lui sont adressés : coût, ondes électromagnétiques, utilisation des données, risques de piratage, faible durée de vie… Pour autant, Flandre et Wallonie n’ont pas prévu la possibilité de refus. Tant le décret flamand du 28 juin 2018, que le décret wallon du 18 juillet 2018 sont très clairs « Nul ne peut s’opposer au placement d’un compteur intelligent, ni en demander la suppression. » Toutefois, des dérogations devraient être possibles pour les personnes électro-sensibles (les dispositions restent à préciser) en Wallonie. À Bruxelles, l’ordonnance du 20 juillet 2018 comporte une phrase similaire « […] nul ne peut refuser l’installation ou le maintien d’un compteur intelligent. Une fois un compteur installé, nul ne peut en demander la suppression ». Toutefois, le consommateur pourra autoriser, ou non, l’activation de la fonction communicante et donc que ses données soient transférées.

8. Combien coûte le smart meter ?

L'arrivée du compteur intelligent a un coût. L'investissement de départ pour adapter le réseau électrique sera consenti par les gestionnaires de réseaux. Ceux-ci le répercuteront sur les utilisateurs via les frais de raccordement et de location. Ils se retrouvent sur les factures au poste « Tarif d'utilisation des réseaux ». Il ne sera donc pas possible de payer son compteur intelligent avec des éco-chèques, contrairement à d’autres produits et services pour économiser l’énergie.

Les GRD jurent que les prix sont proches de ceux d'un compteur classique. Seul un léger supplément sera demandé. En Flandre, Fluvius a estimé ce dernier à 15 €/an pour l'électricité et à 12 €/an pour le gaz (pour un ménage à la consommation moyenne). Les 2 autres Régions n'ont pas encore donné d'estimations. En Wallonie, Ores précise que le tarif de location est encadré par le régulateur, la CWaPE. Pour les clients qui demandent expressément un compteur intelligent le placement est payant. Au nord du pays, le prix s’élève à 88 €, TVAC mais hors armoire. En Wallonie, c’est 152 €. À Bruxelles, le remplacement est fait « selon les tarifs en vigueur », là aussi comptez une centaine d’euros en moyenne.

9. Le compteur intelligent est-il dangereux pour la rentabilité des panneaux photovoltaïques ?

La réponse est non. Nous vous expliquons pourquoi et en détail Région par Région dans notre article les propriétaires de panneaux solaires doivent-ils craindre la fin de leur rendement avec l’arrivée du compteur intelligent ?

En résumé, le compteur intelligent relève de façon séparée les quantités d'électricité prélevées sur le réseau et celles injectées. Techniquement parlant, il est neutre. Cela ne met toutefois pas fin au système de compensation, le « compteur qui tourne à l’envers ». Il reste possible soit d'accorder la compensation (en faisant payer les quantités de courant prélevées desquelles ont été déduites les injections), soit de ne pas l'accorder (en faisant payer les quantités prélevées brutes). Ces options dépendent du politique.

La Flandre a prévu de laisser le choix pour les installations mises en service avant 2021 : bénéficier de la compensation pendant 15 ans avec tarif prosumer (toutefois, cette mesure fait l'objet d'un recours par l'autorité de régulation, la VREG) ou opter pour le système de compensation partielle où ils paient les frais de réseau sur base de leur prélèvement réel. Dans ce cas, le tarif prosommateur sera supprimé. Attention : si vous installez des panneaux solaires aujourd’hui, le choix que vous ferez sera définitif, impossible de revenir en arrière par la suite. À partir de 2021, pour les nouvelles installations, la compensation avec tarif prosumer ne sera plus possible mais une nouvelle prime pour l’installation de panneaux solaires en Flandre entre en vigueur.

En Wallonie, le tarif prosumer est entré en vigueur le 1er octobre 2020 (il est toutefois financé en partie par la Région jusqu'au 1er janvier 2024). Deux systèmes cohabiteront donc : compensation avec tarif prosumer pour les propriétaires de compteur classique et tarification sur base des prélèvements bruts pour ceux qui se verront placer les compteurs intelligents. Quant à Bruxelles, un système de compensation partiel y est désormais d’application depuis 1er janvier 2020.

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